Quand une prairie se dégrade, chaque semaine compte. Un trou laissé par les campagnols, une zone retournée par les sangliers, et tout l’équilibre d’une parcelle peut basculer très vite. C’est justement pour éviter ça qu’Arnaud Genand garde le même cap depuis des années. Il sème entre 70 et 80 hectares par an, sans chercher à faire du volume pour le volume, mais pour garder des prairies vivantes, utiles et durables.
Un rythme choisi, pas subi
Arnaud ne sursème pas au hasard. Il le fait parce qu’il connaît ses terres, ses clients et les limites du terrain. Dans son secteur de Haute-Savoie, les campagnols causent le plus de dégâts, avec parfois des traces de sangliers en plus.
Ce rythme annuel lui permet de répondre vite. Il améliore les pâtures, il répare les zones abîmées, et il évite que les mauvaises herbes prennent trop d’avance. Sur une prairie, attendre trop longtemps coûte souvent plus cher que d’intervenir au bon moment.
La météo décide presque tout
Le sursemis demande de la précision. Arnaud commence en général au début d’avril, mais il garde toujours un œil sur le froid. Si le semis lève à deux feuilles et qu’une gelée arrive, tout peut être perdu.
Il se méfie aussi des pluies battantes. Elles peuvent faire ruisseler les graines et casser le travail réalisé. Et il y a une autre limite, très concrète, presque brutale. Après le 15 mai, la concurrence des autres plantes devient trop forte et le semis perd en efficacité.
Un matériel pensé pour travailler juste
Pour sursemer, Arnaud utilise un semoir Güttler GreenMaster 300 de 3 mètres. Son intérêt est simple. Le semoir est scindé en deux parties, une à l’avant du tracteur et l’autre à l’arrière. Cette répartition sert à garder l’équilibre de l’ensemble et à travailler proprement.
À l’avant, on trouve les dents de herse et une planche Ripperboard. Elles nivellent le sol et arrachent le paturin des prés. Derrière, les dents affinent la terre. À l’arrière, les rouleaux, la trémie et le système de semis terminent le travail.
Le tracteur est jumelé à l’avant et à l’arrière pour éviter de marquer la parcelle. Et Arnaud travaille toujours en travers de la pente. C’est plus propre, plus stable, et cela limite aussi le ruissellement.
Sur terre nue ou sur prairie abîmée, la méthode change
Le sursemis n’a pas toujours la même forme. Quand les dégâts sont importants, surtout après les sangliers, Arnaud peut faire deux passages. Un premier à vide pour niveler. Un second en semant, souvent à 90 degrés du premier.
En revanche, sur de gros dégâts de campagnols, la herse ne travaille pas forcément. La terre est déjà assez affinée. Dans ce cas, un seul passage suffit. C’est là que l’expérience fait la différence. Trop travailler, c’est risquer d’abîmer plus que de réparer.
Un réglage au kilogramme près
Le dosage des graines est une affaire sérieuse. La trémie de 200 litres maintient bien le mélange, même avec des graines de tailles différentes. Arnaud change aussi de bobine selon les semences. Il ne laisse rien au hasard.
Pour certains mélanges de légumineuses, la densité n’est que de 2 à 5 kg/ha. Il réalise au moins 10 pesées pour régler l’appareil. Cela prend environ 30 minutes à chaque fois. C’est long, oui. Mais c’est ce qui permet d’éviter le gaspillage et d’obtenir une levée régulière.
La distribution se fait mécaniquement grâce à une roue squelette. Ensuite, la soufflerie transporte la graine. Elle est déposée devant le rouleau, qui l’enfouit et la rappuie. La forme du rouleau, de type patte de mouton, aide aussi à restructurer le sol.
Le sol doit rester ressuyé
Un détail peut tout bloquer. Si la terre commence à coller, le rouleau se charge instantanément et le travail devient impossible. Arnaud le sait bien. Il attend donc un sol bien ressuyé avant d’entrer en parcelle.
Ce genre de contrainte peut sembler banal de loin. En réalité, c’est souvent ce qui fait la réussite ou l’échec d’un chantier. Une bonne machine ne remplace jamais un bon créneau d’intervention.
Améliorer ses prairies sur le long terme
Arnaud ne travaille pas seulement pour les autres. Sur ses propres terres, il réserve aussi 30 hectares à la production de foin. Il y fait trois coupes par saison, ce qui montre déjà un bon niveau de productivité.
Mais avant d’en arriver là, il a dû corriger plusieurs problèmes. Il a d’abord chaux ses sols, car il pensait que l’acidité favorisait les adventices. Résultat, il a vite vu moins de rumex et de géraniums. Ensuite, il a installé des ruches. Selon lui, cela a doublé la présence de trèfle blanc grâce à la pollinisation.
Essayer, observer, recommencer
Arnaud ne se contente pas de suivre une recette toute faite. Il teste. Il compare. Il ajuste. Il sursème ses prairies tous les trois ans en rotation et prépare lui-même certains mélanges, avec des sacs de graines et une bétonnière.
Il a essayé plusieurs dates de semis, y compris après la troisième coupe, au début de septembre. Le résultat n’a pas vraiment dépassé celui d’un semis de printemps. Il a aussi tenté le semis à la volée. Rien n’avait levé correctement. L’année suivante, il a donc investi dans un vrai semoir de sursemis.
Pour nourrir ses terres, il apporte du fumier en début de printemps et du lisier entre les deux premières coupes. Là encore, le but est clair. Garder une prairie dense, productive et plus riche en espèces.
Réparer vite ou reconstruire mieux
Arnaud distingue deux besoins. D’un côté, les éleveurs qui veulent simplement récupérer un peu de légumineuse. De l’autre, ceux qui doivent réparer des dégâts de gibier. Les objectifs ne sont pas les mêmes. Les solutions non plus.
Quand la coopérative fournit un mélange bon marché pour reverdir vite, il est souvent très riche en ray-grass. La densité conseillée grimpe alors à 30 à 35 kg/ha. Arnaud trouve ce choix peu durable, car le ray-grass ne tient que trois ou quatre ans dans ces conditions.
Quand il fournit lui-même le mélange, il descend plutôt à 20 à 25 kg/ha, même sur sol nu. Cette différence paraît petite sur le papier. Sur l’année, elle change beaucoup le budget, la qualité de prairie et la suite de la rotation.
Pourquoi il garde ce rythme chaque saison
Au fond, le sursemis chez Arnaud n’est pas une simple prestation. C’est une façon de protéger une ressource fragile. Une prairie bien tenue nourrit mieux, dure plus longtemps et résiste mieux aux accidents du terrain.
Il garde donc ce rythme de 70 à 80 hectares par an parce qu’il sait qu’un bon sursemis ne rattrape pas seulement un dégât. Il prépare aussi la suite. Et dans un secteur où les nuisibles peuvent tout changer en quelques semaines, cette avance vaut de l’or.







