Au moment où les vignes commencent à fleurir, tout se complique un peu. Une simple pulvérisation ne se décide plus comme en plein été. Les règles changent, et elles changent pour une bonne raison : protéger les abeilles et les autres pollinisateurs.
Pourquoi la floraison de la vigne change tout
On entend souvent que la vigne n’attire pas vraiment les insectes. En réalité, c’est faux. Depuis une décision du Conseil d’État du 26 avril 2024, la vigne est bien considérée comme une culture attractive pour les pollinisateurs.
Les fleurs de vigne n’ont pas besoin des abeilles pour produire du raisin. Mais cela ne veut pas dire que les insectes les ignorent. On y voit des abeilles, mais aussi d’autres visiteurs utiles. C’est pour cela que l’arrêté abeilles s’applique à la vigne.
Et ce point change beaucoup de choses sur le terrain. Dès que la floraison commence, les traitements doivent être pensés autrement. Plus prudemment. Plus précisément. Et parfois avec un vrai casse-tête d’organisation.
Quels produits sont concernés par l’arrêté abeilles
Beaucoup de personnes pensent encore que seuls les insecticides sont visés. Ce n’est pas le cas. L’arrêté concerne tous les produits phytosanitaires. Cela inclut les fongicides, les herbicides et les adjuvants.
Même les produits de biocontrôle, ceux à faible risque ou autorisés en agriculture biologique peuvent être concernés. En revanche, les PNPP, c’est-à-dire les préparations naturelles peu préoccupantes, ne rentrent pas dans ce cadre.
Pourquoi une règle aussi large ? Parce que certains mélanges peuvent poser problème. Un produit seul peut sembler peu risqué. Mais avec un autre, les effets peuvent se cumuler. Le mélange de certaines familles, comme les IDM et les pyréthrinoïdes, est d’ailleurs interdit depuis longtemps car il est très toxique pour les pollinisateurs.
La mention Spe 8, un signal à lire jusqu’au bout
Si un produit porte la mention Spe 8, il faut être très vigilant. En principe, ces produits sont interdits dès les premières fleurs. La mention indique que le produit est dangereux pour les abeilles et qu’il ne faut pas l’appliquer pendant la floraison.
Mais il existe une exception importante pour certains viticulteurs bio. Dans le cadre de la lutte obligatoire contre la flavescence dorée, ils peuvent utiliser Pyrévert ou Lumière, les deux seuls produits autorisés pour cet usage. Là encore, le créneau est strict : deux heures avant le coucher du soleil et jusqu’à trois heures après.
C’est un détail qui compte énormément. La mention Spe 8 peut commencer par un avertissement très fort. Pourtant, certaines AMM prévoient plus loin une autorisation particulière. Il faut donc lire l’ensemble de la phrase, pas seulement le début.
Pourquoi les traitements se font le soir
La règle du soir n’est pas là pour compliquer la vie des vignerons. Elle sert à réduire le contact entre les produits et les pollinisateurs. Le soir, les abeilles sont rentrées. Les fleurs attirent moins. Et les gouttes de produit ont plus de temps pour sécher avant le retour des insectes le lendemain.
C’est une logique simple. Moins de passage d’abeilles, moins de risque. Les produits les plus nocifs, eux, sont totalement interdits pendant la floraison. Là encore, l’idée est de protéger les insectes pendant l’application, mais aussi après, quand ils viennent chercher du pollen ou de l’eau.
Pour les exploitations, cette règle peut être contraignante. Elle demande de revoir les horaires, le personnel et parfois le calendrier entier des chantiers. En bio, la contrainte est souvent encore plus forte. En conventionnel, il est parfois possible d’anticiper avant la floraison ou de reprendre juste après. Mais tout dépend de la météo.
Peut-on déroger en cas d’urgence
Oui, dans certains cas. Si la pression du mildiou devient trop forte et que les conditions météo le justifient, une dérogation peut être possible. Le viticulteur doit alors noter l’heure de début et de fin du traitement. Il doit aussi inscrire le motif précis dans son registre phytosanitaire.
Autrement dit, il ne s’agit pas d’un passe-droit. Il faut une vraie urgence, une vraie justification et une vraie traçabilité. C’est ce suivi qui permet de montrer que la décision était nécessaire.
Sur le terrain, cette souplesse peut éviter des pertes importantes. Mais elle ne doit pas devenir une habitude. La règle reste le traitement dans le créneau prévu pour protéger les pollinisateurs.
Et si la commune interdit le bruit le soir
Beaucoup de vignerons se posent cette question. La réponse est simple : l’arrêté national sur la protection des pollinisateurs passe avant un arrêté municipal sur le bruit. Donc oui, il est possible de traiter le soir pendant la floraison.
Bien sûr, cela demande du bon sens. Prévenir les voisins peut éviter des tensions inutiles. Dans la plupart des cas, les habitants comprennent vite l’enjeu. Après tout, la floraison de la vigne dure peu de temps.
Ce court épisode peut devenir un moment sensible. Mais il peut aussi être l’occasion d’expliquer le travail viticole et les efforts faits pour préserver les pollinisateurs.
Faut-il faucher les couverts en fleurs avant un traitement
Si un insecticide doit être appliqué, oui, il faut faucher les couverts en fleur avant le traitement. C’est une précaution importante. Les fleurs de l’enherbement peuvent aussi attirer les abeilles.
Pour les fongicides et les herbicides, tout dépend de ce qui est écrit dans l’AMM. Si la mention précise qu’il faut enlever les adventices avant leur floraison, alors la fauche devient obligatoire. Si le produit ne doit pas être appliqué en présence d’adventices en fleur, même logique : il faut intervenir avant.
Ce point est souvent oublié. Pourtant, il peut faire la différence entre un traitement conforme et un traitement à risque.
Ce qu’il faut retenir pour agir sans erreur
La période de floraison demande plus d’attention, mais les règles sont claires. Il faut vérifier la mention présente dans l’AMM, respecter le créneau du soir quand il est imposé, et faire très attention aux produits portant la mention Spe 8.
Il faut aussi penser aux couverts fleuris et au registre phytosanitaire. Et en cas d’urgence réelle, la dérogation reste possible si tout est bien noté.
En somme, la protection des pollinisateurs ne bloque pas la viticulture. Elle oblige à travailler autrement. Plus finement. Plus tôt dans la journée parfois. Ou plus tard le soir. C’est une contrainte, oui. Mais c’est aussi une manière de concilier protection des vignes et respect du vivant autour.







