La décision a fait l’effet d’une déflagration dans les vallées pyrénéennes. En retirant le grand tétras et le lagopède alpin des espèces chassables, l’État change brutalement les règles du jeu. Pour les chasseurs de montagne, c’est une rupture nette. Pour d’autres, c’est au contraire une mesure logique, car ces oiseaux fragiles restent menacés.
Une annonce qui met le feu aux débats
Le président des chasseurs du 64 ne cache pas sa colère. Didier Garat parle d’une décision « révoltante » et estime qu’elle va à l’encontre du travail mené depuis des années sur le terrain. Dans les Pyrénées, la chasse ne se résume pas à tirer un animal. Elle touche aussi à l’entretien des milieux, au suivi des espèces et aux habitudes de vie de toute une montagne.
Le problème, c’est que le sujet est explosif. D’un côté, certains voient une protection nécessaire. De l’autre, les chasseurs dénoncent une mesure prise sans assez tenir compte de la réalité locale. Et dans ces débats-là, chacun a l’impression que l’autre ne voit qu’une partie du paysage.
Le grand tétras, un oiseau discret mais très surveillé
Le grand tétras, aussi appelé coq de bruyère de montagne, est un oiseau emblématique des forêts d’altitude. Il est très farouche, difficile à observer et son habitat se fragilise peu à peu. Ce n’est pas une espèce qu’on croise au coin d’un sentier. Il vit dans des zones calmes, ouvertes par endroits, avec un équilibre très précis.
Selon la Fédération des chasseurs, les actions menées ces dernières années ont été utiles. Elle participe aux comptages et finance, avec la région, des opérations de suivi et d’aménagement. Des clairières sont entretenues pour éviter que le milieu ne se referme trop vite. Pour les chasseurs, tout cela montre qu’ils ne sont pas seulement des consommateurs de gibier, mais aussi des acteurs de terrain.
Mais voici le point sensible. Si les moyens suivent mal dans le temps, que devient cet équilibre fragile ? Les chasseurs posent la question ouvertement. Ils redoutent qu’une interdiction totale ne suffise pas, à elle seule, à sauver l’oiseau.
Le lagopède alpin, victime du réchauffement et des prédateurs
Le lagopède alpin vit lui aussi dans les hauteurs. Son cas est différent, mais tout aussi préoccupant. En hiver, son plumage blanc le rend très visible quand la neige manque. Et comme l’enneigement se fait plus rare, il devient plus facile à repérer pour les prédateurs.
Martres, renards et rapaces peuvent alors le détecter plus vite. C’est l’un des points mis en avant par Didier Garat. Il s’étonne d’ailleurs que certaines associations demandent en même temps de retirer ces prédateurs de la liste des nuisibles. Pour lui, il y a là une contradiction difficile à comprendre.
Le plus étonnant, c’est le calendrier. Un moratoire de cinq ans sur la chasse du lagopède avait déjà été décidé en mars. Quelques semaines plus tard, une nouvelle décision tombe. Les chasseurs y voient une instabilité permanente. Ils demandent alors une ligne claire, pas une succession de gestes contradictoires.
Entre protection de la faune et colère des chasseurs
Au fond, ce dossier raconte un vieux conflit français. Faut-il interdire pour protéger, ou continuer à agir sur le terrain avec ceux qui connaissent les lieux ? Les défenseurs de la mesure répondent que certaines espèces sont trop fragiles pour rester chassables. Les chasseurs, eux, disent qu’on les écarte alors qu’ils participent déjà à la sauvegarde des milieux.
La tension est d’autant plus forte que la montagne coûte cher à entretenir. Ouvrir des clairières, débroussailler, surveiller les populations, tout cela demande du matériel, des hommes et du temps. La Fédération des chasseurs du 64 s’interroge donc sur la capacité de l’État à financer ces actions dans la durée.
Et la question n’est pas théorique. Quand l’argent manque, l’entretien recule. Quand l’entretien recule, la forêt se ferme. Et quand la forêt se ferme, certaines espèces reculent encore plus. La chaîne est simple, presque brutale.
Un dossier qui dépasse largement la chasse
Dans les Pyrénées, d’autres acteurs interviennent aussi. L’ONF et le Parc national des Pyrénées travaillent régulièrement sur les espaces fréquentés par le grand tétras. Cela montre bien que la protection de la faune ne dépend pas d’un seul camp. Elle repose sur une addition de gestes, parfois discrets, souvent coûteux, et rarement spectaculaires.
Le vrai sujet, finalement, est peut-être là. Comment protéger des espèces endémiques sans casser les liens entre habitants, chasseurs, techniciens et gestionnaires de la montagne ? La réponse n’est pas simple. Mais une chose est sûre. Dans ces hauteurs, chaque décision compte. Et parfois, une décision venue d’en haut fait plus de bruit qu’un fusil dans la neige.
Ce qu’il faut retenir
- Le grand tétras et le lagopède alpin ne sont plus des espèces chassables.
- Les chasseurs du 64 dénoncent une décision jugée trop brutale et incohérente.
- Ils rappellent leur rôle dans le suivi des populations et l’entretien des habitats.
- Le réchauffement climatique, la raréfaction de la neige et la pression des prédateurs fragilisent déjà ces oiseaux.
- Le débat oppose désormais protection stricte et gestion active des milieux de montagne.
Dans cette affaire, personne n’a le sentiment de gagner. Les chasseurs se sentent mis de côté. Les défenseurs de la nature veulent éviter un nouveau recul d’espèces déjà fragiles. Et au milieu, il reste la montagne, avec ses équilibres simples en apparence, mais très faciles à casser.







